Saint-Malo ouvre ses quais à la journée de l’inclusion.
Le village est annoncé ouvert dès 10 h, avec animations et démonstrations au programme.
LIRE LA BRÈVE ↗DES VOIX. DES VIES. DES PREMIÈRES FOIS.
Vidéo : Route du Rhum – Destination Guadeloupe · imMERsion · 6 octobre 2026
Une journée dans les coulisses de sa préparation en Class40.
Découvrir la publication officielle ↗Image : capture de la vidéo officielle « imMERsion — une journée avec Djemila Tassin », Route du Rhum, 6 octobre 2026. Voir la vidéo source ↗
Le village est annoncé ouvert dès 10 h, avec animations et démonstrations au programme.
LIRE LA BRÈVE ↗7 h 30 à l’écluse, 11 h en baie, 12 h 45 au retour : le programme annoncé, sous réserve météo.
VOIR LES HORAIRES ↗Deuxième en Class40 en 2022, l’Italien découvre cette fois la transat sur Allagrande Mapei.
LIRE LA BRÈVE ↗Engagé sur le Rhum 2026, le skipper revient sur sa première victoire à la Solitaire du Figaro. Dans cet entretien, il échange avec Charlotte Yven et Arno Biston, les deux autres marins du podium.
Le bilan de cette première victoire ouvre la discussion.
Pos. Report #228 · Sailorz
Entretien animé par Pierre-Yves Lautrou, publié le 30 septembre 2025. Épisode intégral : 1 h 01 min 53 s.
Sélection de la rédaction · lecteur officiel, sans vidéo.
La première fois que j’ai vu le large dans les yeux de mes enfants.
LIRE LE RÉCIT ↗« On accouche
d’un CV sonore. »— Willy Richert
Des milliers d’interviews, et pourtant : les voix de cet atelier les ont émus.
LIRE LE PORTRAIT ↗Une arrivée à quai, un père, un fils. Et le sentiment de vivre quelque chose de grand.
LIRE L’HISTOIRE ↗Les huit Ultim ont rejoint Saint-Malo. Avant le large, une arrivée au centimètre dans l’écluse.
LIRE LA BRÈVE ↗Le son de l’océan.
Une respiration entre deux récits.
Vagues enregistrées à Røsnæs (Danemark) par Luftrum. Extrait d’une minute, avec fondus. Enregistrement original · CC BY 3.0. Illustration : Les Muses de Paris.
Une première sortie en voile très mal engagée. La suite l’était beaucoup moins.
CRÉATION SONORE · LES MUSES DE PARISFICTION RADIO · ATELIER LES MUSES DE PARIS
Comment naît cette fiction ? Dans le cadre d’un atelier radio de création des Muses de Paris, on part d’un thème — ici « ma première fois » — ou d’une idée. On écrit l’histoire, on imagine la situation, on décrit les ambiances et les sons, puis on écoute ce que le récit devient au micro. Ici : une première sortie en voile, un moniteur très patient… et une histoire d’amour qu’on n’avait pas vue venir.
[Petit rire] Ah… ma première fois à la voile ? Euh… j’ai vomi sur le moniteur. Oui, oui… sur ses chaussures ! J’avais dit à tout le monde que j’adorais la mer… alors que j’avais jamais mis les pieds sur un bateau. Et là, il me tend la barre. Moi : « Mais vous êtes malade ? Je vais nous retourner ! » Lui, hyper calme : « Regardez devant. » Bon… j’ai tenu dix secondes. Dix secondes ! Mais j’étais tellement fière, vous pouvez pas savoir. Et le moniteur ? Eh ben… c’est devenu mon mari. Vingt-trois ans cette année. Lui raconte encore les chaussures. Moi, je raconte la barre. On n’a vraiment pas gardé le même souvenir.
Le programme communiqué prévoit une sortie par l’écluse à 7 h 30, une parade en baie à 11 h, puis une entrée à 12 h 45 vendredi 23 octobre.
À confirmer avant de vous déplacer. Ces horaires figurent dans l’agenda transmis le 22 octobre. L’organisation annonce aussi que le village n’ouvrira pas à 10 h vendredi en raison des conditions météorologiques. Cette information ne permet pas, à elle seule, de confirmer le maintien ou l’annulation des parades : le programme nautique et les conditions d’accès sont à vérifier auprès de l’organisateur.
Sources : agenda de la Route du Rhum, capture du 22 octobre communiquée à la rédaction · Programme officiel du 23 octobre ↗ · Informations village et météo ↗.
Le village de la Route du Rhum est annoncé ouvert au public ce jeudi dès 10 heures. La programmation met en avant l’inclusion et l’accès au sport.
Au programme publié par l’organisation : une parade de voiliers traditionnels dans le bassin Vauban et une démonstration d’exercices de survie en mer, avec plongeurs. Les horaires et conditions pouvant évoluer avec la météo, les visiteurs sont invités à consulter les informations officielles avant leur venue.
Sources : Route du Rhum, informations village ↗ · Programmation officielle du jeudi 22 octobre ↗.
Après une deuxième place en Class40 en 2022, le skipper italien est arrivé à Saint-Malo avec Allagrande Mapei. Il s’apprête à découvrir la transat en solitaire dans la classe IMOCA.
Le changement de bateau marque une nouvelle étape : l’IMOCA à foils est plus grand et plus puissant que son Class40. Beccaria a multiplié les navigations cette saison pour mieux connaître ses réglages avant le départ du 1er novembre.
Source : IMOCA, « Une deuxième Route du Rhum, une première en IMOCA sur Allagrande Mapei », 21 octobre 2026 ↗.
Nous avons capté son CV sonore à Saint-Malo. Pas un palmarès récité : une minute pour entendre les compétences, les choix, l’engagement et ce qui le met en mouvement.
Kéni Piperol prépare sa deuxième Route du Rhum en Class40. Son projet mêle performance sportive, ancrage guadeloupéen, transmission et sensibilisation à la drépanocytose.
Le CV SONORE® cherche ce que le CV classique laisse souvent hors champ : la manière de décider, de tenir dans l’incertitude, de fédérer et de donner du sens à un projet.
Publication prochaine dans cette rubrique.
Le village a accueilli ses premiers visiteurs mardi 20 octobre à midi. Sur les quais, la Route du Rhum commence bien avant que les bateaux prennent le large.
Les bateaux arrivent, mais les regards aussi. Mardi, le public a découvert le village installé autour des bassins malouins. Les Ocean Fifty ont rejoint le port sous les applaudissements, accompagnés par les musiciens guadeloupéens des Don’zels, rapporte la Ville de Saint-Malo.
Le deuxième épisode du Mag du Rhum revient sur cette journée et sur les arrivées des IMOCA, Ocean Fifty et Vintage Multi. Après l’entrée des Ultim lundi, racontée par l’AFP, les quais deviennent le point de rencontre entre des marins qui partiront seuls et tous ceux qui les accompagnent jusque-là.
Le village doit vivre jusqu’au départ du 1er novembre. Mais la météo impose déjà son rythme : ce mercredi 22 octobre, l’organisation annonce une réouverture à 14 h 30 après le report du matin. Les animations à la voile de la journée sont annulées.
Notre rendez-vous : vous souhaitez raconter une première victoire, une première peur, un premier départ ? Venez échanger avec Les Muses de Paris au village de Saint-Malo. Nous contacter ↗
Sources : Le Mag du Rhum #2 ↗ ; Ville de Saint-Malo, 20 octobre ↗ ; AFP, via Le Courrier du Vietnam ↗ ; Organisation, mise à jour du 22 octobre ↗ ; Consignes municipales ↗
En 2022, elle venait chercher des contacts et des sponsors. Quatre ans plus tard, elle prépare sa première Route du Rhum à bord d’Initiatives-Cœur.
On peut connaître une course par ses légendes et se sentir encore très loin de sa ligne de départ. Dans un entretien publié par l’organisation, Violette Dorange se souvient de sa visite à Saint-Malo en 2022 : elle cherchait des soutiens pour ses projets. Participer lui paraissait alors difficile à atteindre.
En 2026, elle arrive avec deux troisièmes places cette saison, à la 1000 Race et à la Vendée Arctique. Pourtant, tout ne devient pas familier : elle découvrira le parcours du Rhum et un départ au milieu d’une flotte comme elle n’en a encore jamais connu.
« Oui, c’est ma première Route du Rhum ! », explique-t-elle au site de la course. Elle mise notamment sur l’endurance, la stratégie météo et la fiabilité de son bateau.
Il y a des premières fois qui ressemblent à un changement de place. Le même port, les mêmes pontons. Et, soudain, c’est à son tour de partir.
Sources : Entretien de l’organisation avec Violette Dorange, mis à jour le 22 septembre 2026 ↗. Synthèse éditoriale de propos déjà publiés.
À 33 ans, la navigatrice d’Alderan prépare sa première participation. Derrière cette ligne de départ, il y a aussi un parcours de scientifique et une écurie féminine à faire grandir.
Ingénieure et docteure, Sasha Lanièce a construit sa vie autour de plusieurs exigences : comprendre, apprendre, puis naviguer. Le portrait publié ce 22 octobre par l’organisation retrace le chemin qui l’a menée des stages aux Glénans à la course au large et à la création des Déferlantes.
Ouest-France situe ses débuts dans un projet de Mini-Transat en 2019. Depuis, elle a changé de bateau et d’échelle. Le 1er novembre, elle prendra le départ sur le Class40 Alderan. La Ville rappelle qu’elle est la seule femme parmi les quatorze skippers du pays de Saint-Malo engagés cette année.
Dans son entretien avec l’organisation, elle insiste sur la concentration qui précède le départ et sur l’importance de voir des navigatrices dans les différentes classes. Une présence peut rendre un projet imaginable pour celle qui regarde depuis le quai.
Son premier Rhum aura donc deux horizons : rejoindre la Guadeloupe, et donner à d’autres l’envie de se croire capables de partir.
Sources : Entretien de l’organisation, 22 octobre 2026 ↗ ; Ouest-France, fiche parcours ↗ ; Ville de Saint-Malo, portrait du 16 octobre ↗. Portrait réalisé à partir de sources publiées.
Charles a 8 ans. Il avait manqué la précédente édition, malade. Ce lundi, au bord des bassins de Saint-Malo, il a vu arriver les Ultim. Et il a regardé son père.
Il a un sac de la Route du Rhum 2022. Pour une édition qu’il n’a pas pu voir. Charles le porte fièrement, ce lundi, devant les bateaux qui arrivent enfin dans sa ville. Il y a quatre ans, il était malade. Cette fois, il est là.
Les Ultim passent les écluses. De ces journées, on retient souvent les dimensions des bateaux, les noms sur les coques, le monde sur les quais. Charles, lui, raconte une larme.
« J’ai vu mon père verser une larme, alors j’ai pleuré aussi. Au début, je ne savais pas pourquoi. Maintenant, je sais que c’est quelque chose d’énorme qui se passe dans ma ville. »
Il dit « ma ville ». À huit ans, il a déjà compris que ce départ concerne aussi ceux qui restent à terre. Son père est à côté de lui. L’émotion a circulé de l’un à l’autre avant même qu’il sache l’expliquer.
En 2022, Charles avait quatre ans. Aurait-il compris ce qu’il comprend aujourd’hui ? Impossible de le savoir. Il n’a pas vu cette course-là depuis les quais. Celle-ci commence par une place auprès de son père, un sac gardé de la dernière édition et des bateaux bien réels.
Puis vient le selfie. Tous les deux dans la même image, fiers. La photo est pour sa mère, au bureau aujourd’hui. Elle n’a pas pu être là ; ils vont lui envoyer un morceau de ce moment.
Charles pense déjà au 1er novembre : « Je vais essayer d’être au premier rang pour le départ, mais il paraît que ce n’est pas facile. »
Il faudra trouver une place. Voir entre les épaules. Peut-être accepter de ne pas tout apercevoir. Mais pour ce premier lundi, Charles a vu l’essentiel de son histoire à lui : son père ému, et lui qui pleure à son tour.
Sur le selfie qu’ils envoient à sa mère, les bateaux sont encore à Saint-Malo. Le souvenir, lui, a déjà commencé son voyage.
Avant l’Atlantique, un passage au centimètre : les huit Ultim engagés dans la Route du Rhum ont rejoint le port de Saint-Malo lundi 19 octobre.
Ils mesurent 32 mètres de long, 23 de large. Pour gagner leur place à quai, les maxi-trimarans ont d’abord dû traverser l’écluse du Naye, large de 25 mètres. Une fois les protections disposées autour des coques, la marge se réduit à environ cinquante centimètres de chaque côté.
Le vent faible a facilité cette entrée délicate. Alignés dans l’axe de l’écluse, les bateaux ont été guidés à l’aide de cordages, avec l’appui des lamaneurs. Pour Armel Le Cléac’h, à la barre de Banque Populaire, cette arrivée marque la fin des préparatifs techniques et le début des rencontres avec le public.
Le village ouvre ce mardi 20 octobre. Les autres classes rejoindront les Ultim dans les prochains jours. Au total, 115 bateaux sont attendus au départ, le 1er novembre, en direction de la Guadeloupe.
Synthèse à partir des informations de l’AFP publiées par Le Courrier du Vietnam, le 20 octobre 2026.
La météo modifie le programme des écluses. La parade du mercredi 22 octobre est annulée.
L’organisation a avancé l’arrivée des IMOCA au mardi 20 octobre, à la suite des Ocean Fifty. Les conditions prévues mercredi ne permettaient pas de garantir leur accueil en sécurité.
Le programme publié prévoit l’ouverture des tribunes à 11 h 45 et cinq entrées dans l’écluse, de 12 h 45 à 16 h 45. La parade du mardi est maintenue. Avant de vous déplacer, consultez le programme officiel pour les éventuels ajustements.
L’équipe des Muses de Paris est présente à Saint-Malo tout au long de la quinzaine de lancement de la Route du Rhum 2026.
Première victoire, premier départ, premier combat. Mais aussi premier échec, premier doute, première fois où vous avez décidé de continuer. Ce qui nous intéresse, c’est le moment vécu — et la personne qui le raconte.
Skippers, partenaires de la Route du Rhum, préparateurs, bénévoles, familles, habitants et visiteurs : notre équipe recueille les histoires de celles et ceux qui font vivre cet événement. Pour échanger avec nous ou proposer un témoignage, écrivez à la rédaction. Nous conviendrons ensemble d’un rendez-vous sur le village ; les professionnels accrédités peuvent également nous retrouver à l’espace presse.
Les récits, les regards et les premières fois de celles et ceux que nous écoutons.
Il y a quatre ans, j’ai eu droit à une place inespérée sur la vedette de Radio France. Mais ce n’est pas le bateau dont je me souviens le plus.
Ce soir, je prends le train pour Saint-Malo. Sans mes enfants.
Je ne pensais pas que ces quatre mots me feraient quelque chose. Je pars pour mon travail. Je connais les micros, les interviews, l'agitation des grands événements. Et puis ce n'est pas comme si je découvrais la Route du Rhum.
Sauf que, pour moi, la Route du Rhum a désormais le visage de mes enfants. Et leurs yeux pleins de larmes.
Je revois 2022. Nous avions eu la chance de monter à bord de Sodebo Ultim 3, l'immense trimaran de Thomas Coville. Un bateau qu'on regarde d'en bas en se demandant comment un homme peut bien vivre là-dedans, seul, au milieu de l'Atlantique. Mes enfants étaient avec moi.
Ce qui m'a bouleversée, ce n'est pas leur fascination devant la taille du bateau. C'est le moment où j'ai senti qu'ils comprenaient. Thomas Coville n'allait pas simplement faire du sport. Il allait quitter les siens, dormir par morceaux, affronter une mer qu'il ne contrôlerait jamais tout à fait. Il allait être seul. Pour de vrai.
Et mes enfants ont pleuré.
Je ne sais pas ce qu'ils auraient répondu si je leur avais demandé pourquoi. D'ailleurs, je ne leur ai pas demandé. J'avais trop peur de casser ce moment. Je les regardais. Je crois que je pleurais aussi.
J'ai fait des milliers d'interviews dans ma vie de journaliste. Des gens connus, des inconnus, des parcours magnifiques ou terribles. J'ai parfois été très émue. Mais ce jour-là, je ne cherchais ni une bonne question ni un bon son. Je regardais mes enfants découvrir la force d'une aventure humaine. Je ne voulais surtout pas qu'ils s'en aperçoivent, mais j'étais terriblement fière d'eux.
Dans les jours qui ont précédé ce départ, il y avait aussi eu d'autres enfants. Avec Les Muses de Paris, nous avions participé à leur préparation pour une émission de franceinfo junior. Cécile Ribault-Caillol allait les accompagner sur le bateau de Thomas Coville pour qu'ils puissent l'interviewer.
Nous les avions aidés à écrire leurs questions. C'est un travail que j'aime profondément : faire tomber cette idée qu'un enfant doit chercher la question savante, celle qui fait adulte. Non. Il faut qu'il ose poser la sienne. Qu'il comprenne qu'elle mérite une réponse.
Le 30 octobre 2022, ils étaient prêts. Ils sont montés sur le bateau, ils ont posé leurs questions. L'émission a ensuite été diffusée le 3 novembre. Et, quand je repense à eux, j'ai le même pincement que lorsque je revois mes propres enfants : cette fierté de voir quelqu'un prendre sa place, trouver sa voix.
Puis est arrivé le 9 novembre.
Le départ devait avoir lieu trois jours plus tôt. La météo en avait décidé autrement. Pour la première fois de l'histoire de la course, il avait fallu repousser le coup d'envoi. Ce mercredi-là, 138 skippers allaient enfin s'élancer de Saint-Malo vers Pointe-à-Pitre.
Et moi, à cinq heures du matin, quelqu'un a frappé à ma porte.
La personne qui devait embarquer sur la vedette de Radio France était malade. Une place venait de se libérer. « Si tu veux y aller, c'est maintenant. »
Il y a des phrases auxquelles on ne réfléchit pas. On se lève, on attrape ce qu'on peut, on file. Dans ma tête, j'étais déjà en mer. Je ne suis même pas sûre d'avoir bien réalisé la chance que j'avais.
Le nom officiel de notre embarcation était assez sage : la vedette de Radio France. Une petite poignée de personnes à bord, des gens de radio, et cette impression d'être entrés par une porte dérobée dans l'histoire de la course.
Il a fallu enfiler l'équipement de sécurité. Une combinaison, le gilet, tout ce qu'on vous demande de mettre avant de partir sur un bateau qui ne va pas tranquillement promener des touristes. Et puis la vedette a accéléré.
La mer, ce jour-là, je ne l'ai pas vue depuis un quai. Je l'ai sentie dans mon corps. Le bateau tapait, les embruns arrivaient, il fallait tenir. Certains avaient le cœur au bord des lèvres. Je sais bien que c'est ridicule de comparer quelques heures sur une vedette à une traversée de l'Atlantique en solitaire. Mais, pendant de toutes petites secondes, j'ai cru comprendre physiquement quelque chose de ce que les skippers allaient vivre. Juste une miette. Et c'était déjà immense.
Je revois aussi Catherine Pottier, journaliste à franceinfo, avec cette manière d'aller chercher la parole là où elle se trouve. Je garde l'image d'un saut d'une embarcation à l'autre, le temps d'une interview. Quatre ans plus tard, je ne saurais pas affirmer de quel skipper il s'agissait. Mais j'ai gardé le mouvement, l'audace, et ce réflexe de journaliste : il reste trente secondes, alors on y va.
Nous avons suivi le départ en mer. Des voiles, du bruit, des gestes très précis, des bateaux qui s'éloignaient bien plus vite qu'on ne l'imagine. Et puis il y a eu le moment où notre vedette a dû s'arrêter de les suivre.
Nous, nous rentrions. Eux, ils continuaient.
C'est cette différence-là qui m'est restée. Nous avions notre petite aventure du matin, nos histoires à raconter, peut-être un peu mal au cœur. Eux allaient passer plusieurs nuits face à l'océan. Aucun retour au port prévu pour le dîner. Aucun enfant à embrasser avant de dormir.
La veille du départ, Thomas Coville avait parlé de cette bascule nécessaire, « de terrien à marin ». Et, en octobre 2022, il avait rappelé sur RTL que, dans la voile, votre plus grand concurrent pouvait un jour vous sauver la vie. J'aime cette idée : on part seul, mais on n'est jamais tout à fait sans les autres.
Thomas Coville est arrivé troisième de la Route du Rhum 2022, après sept jours, six heures et trente-sept minutes en mer. À la maison, mes enfants avaient suivi sa course. Pas comme on suit un classement à la télévision. Ils avaient vu l'homme, le bateau, l'espace où il allait vivre. Derrière le petit point sur la carte, il y avait quelqu'un qu'ils connaissaient.
Depuis, quatre ans ont passé. Thomas Coville sera encore là cette année, pour sa huitième Route du Rhum. Entre-temps, il a mené son équipage au record du Trophée Jules Verne. Moi, je n'ai pas fait le tour du monde. Mes enfants ont grandi. Et ce souvenir, lui, n'a pas bougé.
Ce soir, je repars donc vers Saint-Malo. Le village ouvre demain, 20 octobre. Le départ est annoncé le 1er novembre, à 13 h 02. Je vais retrouver le bruit des pontons, les équipes, les micros, ce mélange de travail et d'excitation que j'aime depuis toujours.
Cette fois, mes enfants ne peuvent pas venir.
Je sais qu'ils ont d'autres choses à faire, d'autres endroits où être. C'est la vie. Mais j'aurais aimé les revoir devant Sodebo Ultim 3. Leur demander ce qu'ils en pensent, maintenant. Voir s'ils retrouveraient, eux aussi, ce drôle de nœud dans la gorge.
Je repense souvent à cette journée de 2022. À la chance d'avoir été là. À cette porte qu'on a frappée à cinq heures du matin. Au bateau qui cognait sur la mer. Mais surtout à ce moment, quelques jours plus tôt, où j'ai vu mes enfants pleurer devant un navigateur qui s'apprêtait à partir.
Je croyais leur faire découvrir la Route du Rhum.
Ce sont eux qui m'ont appris à la regarder.
Alors oui, ce soir, je monte seule dans le train.
Mais je sais déjà ce que j'emporte.
Chaque photo représente un souvenir, elle marque une seconde qui nous a semblé importante à
capturer. J’ai voulu moi aussi capturer un moment agréable, celui de l’amour. Au premier abord, cette
femme et cet homme me paraissaient être les plus heureux du monde, mais que savais-je de leur
histoire ? Était-ce sous l’émerveillement du feu d'artifice étincelant qu’ils s’enlaçaient ? Étaient-ils vraiment
heureux ?
Je voulais photographier un homme et une femme qui semblaient s’aimer. J’avais déjà commencé à leur
inventer une histoire.
De loin, leur enlacement ressemblait à un profond amour. Cela
suffisait presque. J’avais ce couple, une distance, une impression :
mon imagination s’occupait du reste.
Je ne savais pourtant rien d’eux. Même leur amour, je n’étais pas
certaine de l’avoir vu.
C’est étrange, cette facilité avec laquelle on reconnaît les sentiments
chez les autres. Parfois, je me demande si on les reconnaît vraiment,
ou si on y dépose un peu des nôtres.
Il y a des choses que je n’ai pas envie de raconter ici. Elles existent
quand même dans ma façon de regarder. Dans ce qui retient mon
attention. Dans le temps que je passe devant certaines images, alors
que d’autres glissent sans rien accrocher.
Ce couple n’en était peut-être pas un, ou s'agissait-il d’un au revoir ?
J’ai regardé Cyberpunk: Edgerunners d’une seule traite.
Ce qui me travaille dans cet animé, c’est cette ville qui continue de briller pendant que les personnages
s’abîment. Les lumières ne préviennent de rien. Elles rendent même le désastre attirant.
Je pense à David et Lucy, à ce que chacun espère sauver, à tout ce qu’on peut mettre dans un rêve
lorsqu’on manque d’endroits où respirer. En regardant, je voulais savoir la suite. Maintenant, je repense
surtout à ce qui aurait pu se passer autrement.
C’est aussi ce que je cherche dans les livres ainsi que les films ou les séries : pouvoir rester un moment
avec ce qui arrive à quelqu’un. Lire une phrase deux fois. Revenir en arrière. Avoir le temps d’être
affectée.
Avec l’actualité, ce temps manque souvent. Sur le même écran, on reçoit des images de mort, puis un
message auquel il faut répondre. Ensuite, il faut reprendre son cours, préparer un devoir, réfléchir à son
avenir. Ce passage d’une chose à l’autre me semble parfois plus violent que les images elles-mêmes.
Au lycée, on nous demande ce que nous voulons devenir. La question est immense. Certains jours,
j'aimerais qu'on puisse commencer par ce que nous arrivons à comprendre du monde dans lequel il
faudra le devenir.
Photographier m'oblige à m'arrêter, à observer une lumière éphémère, à contempler un visage inconnu,
à voir quelque chose qui perdure au-delà de mes émotions.
La photographie a quelque chose de troublant face à la mort : elle conserve l’apparence d’un instant,
même lorsque tout a changé autour. On peut retrouver un visage, une position des mains, un morceau
de ciel. On ne retrouve pas la présence entière. C’est peut-être pour cela que certaines photos nous
consolent et nous font mal en même temps.
Je ne m'attends pas à ce que mes images capturent tout. Cependant, je commence à réaliser la
responsabilité de ce qu'elles laissent croire.
Ce couple au loin, par exemple.
Je pourrais faire de leur positionnement une image pleine de bonheur. Trouver une légende qui touche.
Obtenir un récit convaincant avec presque aucune connaissance de leur vie.
Pourtant, ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est précisément ce que je ne sais pas.
Je cherche encore la bonne lumière, le cadre qui tient, le détail qui fait rester. Et j’aimerais apprendre à
laisser, dans mes images, assez de place pour que les autres puissent m’échapper.
Ce couple pouvait sembler heureux et épanoui sur ma photo. Ils avaient aussi le droit d’être malheureux
sans que je le sache.
Dans un atelier de CV sonore, on vient chercher une minute pour se présenter. On peut en repartir avec une phrase retrouvée, les larmes aux yeux — ou un sourire qu’on n’avait pas en entrant.
Willy : Les conseillers de France Travail nous demandaient pourquoi ils entendaient des éclats de rire dans la salle. Pourquoi les personnes ressortaient avec le sourire. Ils voyaient la porte s’ouvrir, les visages changer, et voulaient comprendre ce qui s’était passé pendant l’atelier.
Il y avait les rires. Et il y avait les larmes.
Certains avaient trop à raconter : des années d’expériences, des métiers différents, des compétences empilées sans savoir lesquelles garder. D’autres étaient convaincus de n’avoir presque rien à dire. Les uns cherchaient quoi enlever ; les autres, par où commencer.
Laurence : Je suis journaliste. J’ai mené des milliers d’interviews. Je connais la patience qu’exige une réponse, le silence qu’il faut laisser après une question. Et pourtant, je ne m’attendais pas à être émue par un CV sonore. Les parcours m’ont touchée. Les personnalités aussi. Mais surtout, ce moment où quelqu’un entend enfin ce qu’il sait faire — et mesure ce que son histoire contient.
Un CV sonore ne consiste pas à faire entrer une vie dans une formule parfaite. Il faut d’abord l’écouter. Revenir sur un geste, un choix, une difficulté traversée. Demander ce qui s’est passé, ce que la personne a appris, ce qu’elle voudrait transmettre. À force de questions simples, le récit se déplie.
Willy : C’est de la maïeutique. On n’apporte pas une histoire toute faite. On aide la personne à faire naître ses propres mots. Parfois elle découvre qu’elle a trop de matière ; parfois qu’elle a beaucoup plus à dire qu’elle ne le croyait.
Alors la minute de présentation cesse d’être un exercice abstrait. Elle devient une rencontre avec soi-même : une façon de reconnaître ses forces sans gommer les détours, les hésitations, les recommencements.
Les conseillers demandaient pourquoi les gens riaient en sortant. Nous n’avons pas une réponse unique pour chaque personne. Mais nous avons vu ce qui se passait dans la salle : on se posait, on se racontait, on s’écoutait sans chercher tout de suite à se vendre.
Nous étions venus aider à construire un CV sonore. Nous avons compris qu’avant la voix enregistrée, il y a ce temps rare où l’on s’accorde le droit de regarder son propre parcours.
On accouche d’un CV sonore. Et parfois, au passage, on entend sa propre histoire autrement.
Une minute n’efface pas un parcours. Elle choisit ce qu’on doit entendre en premier.
Le marin derrière la course : compétences, engagement, transmission et projet.
VOIR LE PORTRAIT ↗Comment condenser plus de trente ans de haute mer sans réciter un palmarès ?
CV SONORE® À VENIRLaurence Rakoto et Willy Richert racontent ce qui se passe avant l’enregistrement.
LIRE ↗Le 18 novembre 1990, Florence Arthaud remporte la Route du Rhum. Une image d’époque et l’émotion de l’arrivée, dans les archives sonores.

Le commentaire de l'arrivée par Gérard Fusil et la réaction de Florence Arthaud, dans une archive sonore publiée par Europe 1. L’enregistrement est à écouter à la source.
ÉCOUTER L’ARCHIVE ↗La traversée, les doutes et le moment où Florence Arthaud entre dans l’histoire de la course. Une sélection d’archives INA.
VOIR LES ARCHIVES ↗Fiction, carnet de terrain, vidéo : ici, le format s’adapte à l’histoire.
On part d’un thème, on écrit, on décrit les sons et on voit ce que l’histoire devient au micro.
ÉCOUTER ↗Des quais, des voix, des premières fois : le carnet des Muses pendant le Rhum.
LIRE ↗Notre sélection vidéo du moment.
VOIR ↗Une histoire, une rencontre, une idée à partager.
Des rencontres au cœur de la Route du Rhum 2026.
À Saint-Malo, le village de la Route du Rhum se prépare, les bateaux rejoignent les quais et les rencontres commencent bien avant le coup de canon. Les Muses de Paris sont sur place pour écouter les skippers, les équipes à terre, les proches et les visiteurs.
Notre fil rouge : raconter une première fois. Celle d’une traversée, d’une rencontre, d’une émotion ou d’un départ. Ces voix et ces histoires nourriront les prochains récits de Ma Première Fois.
Vous êtes à Saint-Malo et vous avez une histoire à partager ? Écrivez-nous ↗
Route du Rhum 2026 · 20 octobre 2026 · Carnet de terrain. Cette couverture journalistique ne constitue pas un partenariat officiel avec l’organisateur.
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Les Muses de Paris portent le projet éditorial. Les organisations ou dispositifs cités ne sont pas automatiquement partenaires, financeurs ou soutiens de Ma Première Fois.
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Dernière mise à jour : 20 octobre 2026.
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